La parole est d’or
Parole jaillie de l’absolu
Parole qui a créé le monde
Parole qu’illumine le verbe
Ou bien qu’ordonne le mot écrit
Cette parole doit être libre
Libre de respirer en paix
D’exprimer toutes les pensées
Surgies de l’inconscient sacré
Servie par la richesse des mots
Imprimée par le temps aux langues
Langues vivantes qui nous lient
Langues vivantes gorgées de vie
Ce sont ces langues qu’il faut tirer
Aux tyrans qui veulent les couper
Des langues pointées comme des lances
Sur cette toile totalitaire
Qui dissimule les étoiles
Illuminant le ciel du coeur
Des langues chargées de tous les mots
Des anathèmes les plus hideux
Aux théories les plus absurdes
Mots de pourriture et de mort
Des mots qui saignent et qui transpirent
Des mots obscènes qui dégoûtent
Des mots lestés de tous nos maux
Ici tous les mots sont permis
Une salutaire diversité
La pensée se nourrit des mots
Lui interdire certains mets
Participe à son indigence
La pensée peine à concevoir
Les choses qu’elle ne peut exprimer
Et la police de la pensée
Prend le contrôle de ce désert
L’homme assoiffé se laisse faire
Accro à la potion amère
Qui le prive de sa liberté
Et le castre de sa destinée
Soumis à l’ordre totalitaire
Qui l’empêche d’imaginer
D’autres manières de respirer
The word is gold
A word bursting forth from the absolute,
A word that created the world,
A word that illuminates the verb,
Or one that dictates the written law.
This word must be free,
Free to breathe in peace,
To express all thoughts,
Rising from the sacred unconscious.
Served by the richness of words,
Imprinted upon time’s languages,
Living tongues that bind us,
Living tongues, brimming with life.
These are the tongues we must wrest
From tyrants who seek to sever them,
Tongues sharpened like lances
Against the totalitarian web
That hides the stars
Illuminating the sky of the heart.
Tongues bearing all words—
From the vilest anathemas
To the most absurd theories,
Words of decay and death.
Words that bleed and sweat,
Words obscene and repulsive,
Words weighed down by all our woes.
Here, all words are allowed.
A vital diversity,
For thought is nourished by words.
To forbid it certain fare
Is to starve its essence.
Thought struggles to conceive
What it cannot express.
And so, the thought police
Seize control of this wasteland.
Man, parched, surrenders,
Addicted to the bitter potion
That deprives him of his freedom
And castrates his destiny.
Subjected to totalitarian rule,
He is forbidden to imagine
Other ways
To simply breathe.